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RÉSISTANCE ET RÉPRESSION 1940-1944

 

La guerre et l’occupation

Le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne nazie qui a envahi la Pologne. Après huit mois d’une « drôle de guerre », l’armée allemande attaque les lignes françaises le 10 mai 1940. Trois jours plus tard, le front est percé à Sedan. Le 14 juin, la Wehrmacht entre à Paris. C’est la défaite et l’armistice est signé le 22 juin. La France est divisée en plusieurs zones : la zone nord est occupée par l’armée allemande, tandis que le nouvel « Etat français » s'installe en zone sud, à Vichy.

Le 10 juillet, la République est sabordée. Le nouveau régime du maréchal Pétain met en œuvre sa « Révolution nationale » contre « l’anti-France », étrangers, communistes, Juifs, francs-maçons et défenseurs de la République. Une législation antisémite est promulguée dès le 3 octobre 1940 avec l'adoption du premier statut des Juifs. Le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain et le Führer Adolf Hitler conviennent d'une politique de collaboration lors de leur rencontre à Montoire.

Dès l’entrée en vigueur de l'armistice, le commandement militaire allemand en France occupée met en place un arsenal répressif pour assurer la sécurité et le maintien de l’ordre. Face aux premiers actes de résistance de ceux qui refusent l’Occupation, la répression est immédiate et sévère. Différentes politiques répressives vont alors être instaurées et menées en parallèle par les forces d'occupation et le régime de Vichy.

Les zones d’occupation

L’armistice de juin 1940 instaure une ligne de démarcation et divise la France en plusieurs zones :

  • la moitié nord passe sous occupation allemande,
  • la zone sud, dite « libre » ou « non occupée », n’existe que jusqu’en novembre 1942, date à laquelle l’armée allemande envahit tout le territoire,
  • le Nord et le Pas-de-Calais sont rattachés au commandement militaire allemand de Bruxelles,
  • l’Alsace-Moselle est annexée au Reich,
  • le littoral atlantique devient zone côtière interdite à partir d’avril 1941,
  • dans les Alpes, une zone d’occupation italienne existe à partir de l’armistice du 25 juin 1940, puis s’étend jusqu’au Rhône de novembre 1942 à septembre 1943.

Les acteurs de la répression

Le commandement militaire en France (Militärbefehlshaber in Frankreich - MBF) administre la zone occupée et se charge de la politique répressive :

  • il dispose de sa propre police militaire,
  • il juge les personnes arrêtées dans les tribunaux militaires,
  • il instaure des mesures de représailles.

La SS (Sipo-SD ou « Gestapo » qui regroupe les services de police et de sécurité du Reich) est d’abord chargée d’enquêter sur les « ennemis du Reich » (opposants aux nazis réfugiés en France, communistes, Juifs, etc.). À partir du printemps 1942, elle est responsable de la répression et de la persécution en France :

  • l’organisation des mesures de représailles (fusillades, déportations),
  • l’organisation des déportations de résistants,
  • l’application de la « Solution finale de la question juive ».

Le régime de Vichy instaure la « Révolution nationale » et fait le choix de la collaboration avec l’Allemagne nazie :

  • les polices françaises sont mises à la disposition des forces d’occupation,
  • des tribunaux d’exception (sections spéciales, tribunaux d’Etat, cours martiales…) sont instaurés,
  • la collaboration est renforcée avec la création de la Milice en janvier 1943, organisation politique et paramilitaire française pour lutter contre les « terroristes ». 

Partie I : La Résistance

 

Résister

Dès l'été 1940, malgré le traumatisme de l'effondrement militaire et politique, des refus s'expriment : refus de la défaite et de l’asservissement, refus du démantèlement du territoire national, refus des régimes d'oppression instaurés par l'occupant allemand et le régime de Vichy. Ce choix est celui d'une minorité de femmes et d'hommes issus de toutes les couches de la société, appartenant à toutes les familles de pensée politiques, religieuses et philosophiques. Isolés, ils s'engagent, sans moyen, dans un nouveau type de guerre où tout est à inventer : la « Résistance ». Les formes d’action y seront diverses : graffiti, tracts, journaux, renseignement, manifestations, sabotages, lutte armée, etc. Ce combat clandestin se mène sur tous les fronts : militaire, politique, intellectuel, économique et social.

Après l’appel du 18 juin 1940, certains rejoignent Londres pour poursuivre la guerre au sein des Forces françaises libres du général de Gaulle ; d’autres mènent le combat sur le territoire français. Des réseaux de renseignements et d'évasion se mettent en place. Comprenant qu'il leur faut s’organiser, les pionniers de la Résistance s'emploient à se grouper. Ces réseaux et mouvements, fruit des petits groupes formés au hasard des révoltes individuelles, des rencontres fortuites et des bonnes volontés, ont pour objectif de sensibiliser l’opinion et d’organiser le combat. Les premiers écrits clandestins dénoncent les illusions de la propagande et de la collaboration et démontrent la nécessité et la possibilité d'agir.

Le basculement de l’opinion

L’évolution de la guerre, devenue mondiale, et la politique de collaboration de plus en plus étroite avec le Reich contribuent à détacher les Français, hostiles à l'occupant dès 1940, du gouvernement du maréchal Pétain. L'occupation de tout le territoire national le 11 novembre 1942, le pillage de l'économie, l'instauration du service du travail obligatoire (STO) en Allemagne, la répression plus rigoureuse, les rafles des familles juives et les difficultés de la vie quotidienne font progressivement basculer l’opinion dans le camp du refus.

L’unification de la Résistance

Après l'improvisation des débuts, les organisations clandestines se structurent. La Résistance communiste s’engage dans la lutte contre l'occupant après l’invasion de l’URSS en juin 1941. La presse résistante prend de l'ampleur. Des partis politiques s'engagent, forment leurs mouvements et reconnaissent la légitimité du chef de la France Libre.

En mai 1943, Jean Moulin forme le Conseil national de la Résistance, qui regroupe mouvements de résistance, partis politiques et syndicats. Il devient le lieu de rassemblement des Français résistants autour de la personne du général de Gaulle et de ses buts : faire la guerre et rétablir les libertés républicaines. Les fondements d'un état clandestin sont posés. Même si ses effectifs demeurent très minoritaires, la Résistance élargit son audience, bénéficie de la sympathie, de la complicité, parfois de l'aide d'une part toujours plus importante de Français.

Les formes d’action de la Résistance se militarisent ; les sabotages et les attentats contre l'occupant se multiplient. Fuyant le STO, les jeunes rejoignent en nombre les maquis. Aux Glières, dans le Vercors ou en Bretagne, des résistants se mobilisent pour être prêts le Jour J.

Au soir du débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944, le général de Gaulle appelle à la mobilisation nationale : « La bataille suprême est engagée…, c'est la bataille de France et c'est la bataille de la France ! ».

Télécharger le pdf du Panneau I

PARTIE II : Été 1940 - Mise en place de l’arsenal répressif

 

En zone occupée, Hitler confie les rênes de la répression à l’armée allemande, la Wehrmacht. Le Militärbefehlshaber in Frankreich (Commandement militaire en France, MBF) met en place des mesures répressives pour «  maintenir l’ordre » et punir ceux qui menacent la sécurité des troupes d’occupation.) 

Les tribunaux militaires allemands

En application du code pénal allemand désormais en vigueur en zone occupée, le Commandement militaire en France (Militärbefehlshaber in Frankreich, MBF) instaure une répression judiciaire : arrestations, inculpations, procès et condamnations. Les personnes suspectées d’actes hostiles envers l’occupant sont jugées par des tribunaux militaires allemands présents dans chaque département de la zone occupée. Elles encourent amendes, peines d’emprisonnement, de travaux forcés ou la peine de mort.

Dès juin 1940, signe d’une répression se voulant d’emblée sévère, les avis d’exécution de personnes reconnues coupables de sabotages (de coupures de câbles téléphoniques notamment) ou d’agressions de soldats sont placardés dans les rues.

À partir de début 1941, ceux qui tentent de rejoindre les Forces Françaises Libres (FFL) du général de Gaulle à Londres et les membres des premiers groupes de résistance démantelés sont également traduits devant ces tribunaux militaires.

À la fin du mois de juillet 1941, plus de 160 peines de mort ont été prononcées et un quart exécuté.

Les mesures de représailles administratives

Parallèlement à cette politique judiciaire, dès septembre 1940, le MBF met en places d’autres mesures répressives pour sanctionner des actes graves et dissuader la population de toute action contre les forces d’occupation. Il décide « d’internements administratifs », c’est-à-dire sans jugement et sans limite de temps, contre des personnes considérées comme dangereuses.

Le MBF recourt aussi à des représailles collectives lorsqu’il n’arrive pas à retrouver les responsables : élargissement du couvre-feu, sanctions financières, désignations d’otages parmi les notables. Celles-ci ne sont pas encore suivies d’exécutions.

Le rôle de Vichy dans la répression

Dès l’été 1940, Vichy met en œuvre une politique de « Révolution nationale » pour lutter contre les « ennemis intérieurs » (communistes, Juifs, francs-maçons, etc.). La police et l’administration françaises sont le fer de lance de cette répression. Le choix de la collaboration d’État avec le Reich les placent au service de l’occupant. Une réforme de la police nationale est engagée et des services de police parallèles et spéciaux sont créés pour lutter contre « l’anti-France ». La Préfecture de police de Paris, où une Brigade Spéciale anticommuniste avait été instaurée sous la IIIe République, est renforcée en janvier 1942 par une « BS2 » chargée de traquer les « terroristes », auteurs d’attentats.

Télégarcher  les pdf de la partie IIa et partie IIb

PARTIE III : Été 1941 - Durcissement de la répression

 

Avec le développement des réseaux et des mouvements de la Résistance française et la stratégie de lutte armée adoptée par le parti communiste clandestin après l’invasion de l’URSS le 22 juin 1941, les autorités allemandes durcissent la répression.

La lutte contre les « actions terroristes »

Le 21 août 1941, au métro Barbès à Paris, un commando de jeunes communistes abat un aspirant de marine allemand. Les autorités du MBF réagissent en renforçant leur politique répressive. Toutes les personnes détenues par ou pour le compte des autorités allemandes, dans les prisons et les camps, sont considérées comme des otages susceptibles d’être fusillés en représailles aux attentats. Vichy crée ses propres juridictions d’exception, les sections spéciales, pour juger les communistes. Le MBF fait pression pour que ces derniers soient rapidement condamnés à mort. Le 27 août, 3 membres du PCF clandestin sont jugés et guillotinés le lendemain à la prison de la Santé. Le 6 septembre, après un nouvel attentat, le MBF fait fusiller lues 3 premiers otages. Dès lors, les exécutions se succèdent de semaine en semaine au Mont-Valérien en région parisienne.

Le « Code des otages »

Trouvant cette politique répressive insuffisante, Hitler fait promulguer le 16 septembre 1941 un décret portant sur les « mouvements séditieux communistes dans les territoires occupés ». Il ordonne que 50 à 100 communistes soient systématiquement exécutés pour la mort d’un soldat allemand. Le 28 septembre, le MBF édicte une ordonnance connue sous le nom de « Code des otages ». Le code est appliqué après que des résistants communistes ont abattu le Feldkommandant de Nantes et un conseiller d’administration militaire de Bordeaux les 20 et 21 octobre 1941. Quarante-huit otages à Châteaubriant, Nantes et au Mont-Valérien, puis 50 autres à Souge, près de Bordeaux, sont fusillés. Pour les premiers, Vichy participe activement en proposant des listes de personnes à exécuter choisies parmi les militants communistes internés.

Un coupable désigné : le « judéo-bolchévique »

Le 15 décembre 1941, en représailles à la mort de 4 soldats, le MBF fait fusiller 95 otages au Mont-Valérien et en province ; parmi eux 53 Juifs. La répression allemande qui visait principalement les communistes, s’en prend désormais aussi explicitement aux Juifs, complétant la définition idéologique des responsables des attentats : les « judéo-bolcheviques ». Pour renforcer cette politique, le MBF annonce que des otages juifs et communistes seront déportés en représailles « vers l'Est ».

Alors que l’organisation de la Solution finale s’est accélérée le 20 janvier 1942 lors de la conférence de Wannsee en Allemagne, militaires, diplomates et SS s’entendent pour persécuter les Juifs en France occupée.

La poursuite des mesures judiciaires

Cette « politique des otages » s’ajoute aux mesures judiciaires précédemment mises en place. Les tribunaux militaires multiplient les jugements : jusqu’au mois de mai 1942, près de 500 condamnations à mort sont prononcées et les trois quarts sont exécutées. Les peines de réclusion ne se purgent plus systématiquement en France occupée, mais commencent à être régulièrement suivies de déportation dans des prisons allemandes. Certains procès menés par le MBF contre de jeunes francs-tireurs font l’objet d’une active propagande et la presse est invitée à dénoncer les « crimes des terroristes ».

Hitler considère cependant que les tribunaux militaires ne prononcent pas suffisamment de peines de mort et ordonne la mise en place, le 7 décembre 1941, de la procédure « Nacht und Nebel » (« Nuit et Brouillard », NN). Les juges militaires doivent alors condamner à mort dans les plus brefs délais. À défaut, ils se dessaisissent des dossiers au profit d’une juridiction en Allemagne. Les prévenus sont déportés avant jugement et dans le plus grand secret, laissant leurs familles sans nouvelles.

En janvier 1942, le MBF remet en cause les exécutions massives d’otages qui ont des répercussions politiques négatives et qui pourraient être évitées en renforçant les enquêtes de police. Il préconise en revanche la déportation des communistes et des Juifs. Hitler décide alors de confier la politique de répression en France occupée à un représentant spécial d’Himmler, chef des SS et de la police du Reich.

Téléarcher la partie IIIa et la partie IIIb

PARTIE IV : 1942-1944 - Répression par les SS

 

Le 1er juin 1942 le général SS Karl Oberg est nommé « Chef suprême de la SS et de la police en France ». Il prend la relève de la politique de répression en France occupée et poursuit la stratégie du MBF jusqu'à l'automne 1942, date à laquelle la politique des otages est abandonnée. La SS développe ensuite ses propres mesures répressives, alors même que les tribunaux militaires continuent à sévir.

Intensification de la répression

Les SS héritent de l’application de la politique des otages. Ils la poursuivent, mais décident de regrouper les exécutions, dès lors massives, pour en accentuer l’effet dissuasif auprès de la population et pour laisser le temps aux policiers de rechercher les coupables. Le régime de Vichy collabore de plus en plus étroitement avec les autorités allemandes. Les accords entre René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy, et le général Oberg au mois d’août 1942, assurent le travail commun de la police française et des forces d’occupation.

Le 10 juillet, les SS étendent la définition de l’otage aux membres des familles des résistants recherchés. En représailles aux attentats commis depuis plusieurs semaines, 88 otages sont fusillés au Mont-Valérien le 11 août 1942, puis 116 le 21 septembre. Cette dernière exécution d’otages est la plus importante de toute l’Occupation.

Les SS assurent également la déportation de représailles, prévue par le MBF depuis décembre 1941, de près de 1 200 otages communistes vers Auschwitz le 6 juillet 1942. Après avoir fait partir les 5 premiers convois de Juifs, les SS organisent les transports désormais réguliers de déportés dans le cadre de la Solution finale. 

La fin de la politique des otages

Néanmoins les attentats se poursuivent et les exécutions massives sont désapprouvées par l’opinion publique. Les autorités allemandes sont soucieuses de ne pas gêner le recrutement de la main-d’œuvre française pour le travail en Allemagne. Constatant l’échec de cette politique, les SS décident de mettre fin aux exécutions d'otages à la mi-octobre 1942.

À titre exceptionnel, 50 derniers otages sont fusillés au Mont-Valérien le 2 octobre 1943, à la suite d’un attentat commis à Paris contre Julius Ritter, responsable allemand chargé de la  réquisition des travailleurs français au profit du Reich.

Les déportations et les condamnations à mort

En octobre 1942, les SS introduisent en France une nouvelle forme de répression : la procédure de détention de sécurité (Schutzhaft) qui leur permet de déporter en Allemagne, sans jugement, toute personne suspecte ou coupable d’agissements anti-allemands. De janvier 1943 à août 1944, près de 40 000 personnes sont ainsi déportées depuis les camps de Compiègne et de Romainville vers les camps de concentration nazis.

Après l’occupation de la zone sud en novembre 1942 et face à la multiplication des actions de la Résistance, les tribunaux militaires intensifient leur répression en condamnant de plus en plus à la peine capitale : de janvier 1943 à août 1944, plus de 1 700 personnes sont fusillées.

La lutte contre les « bandes armées »

À la fin de l’année 1943, dans la perspective du débarquement allié et craignant l’ouverture d’un second front derrière leurs troupes à partir des maquis, les autorités allemandes radicalisent leur politique. Désormais, ils adoptent une stratégie de guerre contre la Résistance et la répression touche l'ensemble de la population. Aux déportations massives s’ajoutent des jugements expéditifs et des « opérations de nettoyage » menées par les militaires et les policiers contre les maquis et les zones réputées « infestées par les bandes terroristes ». Ces expéditions s’accompagnent d’exactions nombreuses contre les populations civiles.

Les massacres et les exécutions sommaires

À l'été 1944, alors même que les condamnations à mort prononcées par les tribunaux militaires atteignent leur apogée, et confrontées à la progression des troupes alliées, les forces d’occupation ne prennent plus le temps de juger systématiquement les résistants. Elles procèdent à de nombreuses exécutions sommaires, à Romainville, à Vincennes… et commettent des massacres, comme dans les villages d’Oradour-sur-Glane ou Maillé. La retraite allemande laisse dans son sillage des milliers de victimes.

 « Soldats tombés dans les déserts, les montages ou les plaines ; marins noyés que bercent pour toujours les vagues de l'Océan ; aviateurs précipités du ciel pour être brisés sur la terre ; Combattants de la Résistance tués aux maquis et aux poteaux d'exécution, vous tous qui, à votre dernier souffle, avez mêlé le nom de la France, c'est vous qui avez exalté les courages, sanctifié l'effort, cimenté les résolutions...
Vous avez pris la tête de l'immense et magnifique cohorte des fils et filles de la France qui ont, dans les épreuves, attesté de sa grandeur...
Votre pensée fut, naguère, la douceur de nos deuils. Votre exemple est, aujourd'hui, la raison de notre fierté. Votre gloire sera, pour jamais, la compagne de notre espérance. »

Charles de Gaulle

Télécharger les pdf de la partie IV: partie IVa, partie IVb

PARTIE V : Le parcours du fusillé

 

Une carte du département de la Seine, présente les localisations des prisons, camps, lieux d’exécution et de sépulture

L’arrestation

La très grande majorité des condamnés à mort et des otages est arrêtée à l’issue d’enquêtes menées par les polices françaises et allemandes. S’appuyant étroitement sur les indicateurs français ou sur les agents doubles infiltrés dans la Résistance, les différents services d’enquêtes de l’armée allemande (la police secrète de campagne - Geheime Feldpolizei - ou le contre-espionnage - Abwehr) et de la police SS (la Sipo-SD ou « Gestapo ») causent des ravages dans les rangs de la Résistance.

Les forces de police du régime de Vichy, Brigades Spéciales de la Préfecture de police de Paris (BS), services des renseignements généraux, brigades mobiles de la police judiciaire ou encore gendarmerie, se révèlent elles aussi redoutables. Leur connaissance et leur expérience du terrain, leurs méthodes d’investigation, privilégiant l’observation, les filatures et l’exploitation d’une multitude de pistes, permettent des arrestations en série.

Face aux policiers, les résistants tentent de ne pas répondre, de nier l’évidence, de ne révéler que ce qu’ils pensent déjà connu de l’ennemi. Confrontés aux duretés psychologiques et physiques des interrogatoires, ils sont souvent torturés.

Les prisons

En région parisienne, pour beaucoup de résistants arrêtés par les BS, le parcours commence par les cellules du dépôt de la Préfecture de police, où, maintenus à disposition des inspecteurs pour les besoins de l’enquête, ils subissent de longs interrogatoires.

Réclamés par les autorités allemandes parce qu’ils ont attenté à leur sécurité, ils leur sont remis pour être jugés par des tribunaux militaires ou être déportés. Ils sont transférés dans des prisons allemandes (comme le Cherche-Midi) ou, selon les époques, dans des quartiers de prisons françaises réquisitionnés par les autorités d’occupation (comme Fresnes ou la Santé).

Les conditions de détention

Les prévenus justiciables de la peine de mort sont maintenus dans un isolement quasi-total pendant des semaines, parfois des mois. Leurs conditions de vie sont difficiles : nourriture insuffisante, hygiène sommaire, courtes et rares promenades, colis et correspondances sévèrement réglementées, aucun contact avec les co-détenus à l’exception des interrogatoires ou de transferts. Certains parviennent à échanger quelques mots en déployant d’ingénieux moyens de communication, par exemple à travers les conduits d’aération des cellules. Dans ces conditions, les très brèves visites qu’ils peuvent recevoir de leurs familles ou encore des aumôniers venus apporter un appui spirituel sont essentielles.

Les tribunaux militaires

Le fonctionnement de la justice militaire allemande est réglementé par une ordonnance pénale de guerre. Un dossier d’instruction est constitué à partir des enquêtes de police. Les droits de la défense sont réduits : l’assistance d’un avocat, souvent commis d’office et allemand, n’est en principe autorisée que si le prévenu risque la peine de mort. Généralement l’avocat a seulement accès à l’acte d’accusation qui fixe les chefs d’inculpation (« activité de franc-tireur », « espionnage », « aide à l’ennemi » etc.). La rencontre avec le prévenu n’a lieu que peu de temps avant le début du procès.

La cour est constituée de 3 juges militaires, d’un procureur chargé de requérir les peines et d’un greffier. Le procès se tient habituellement à huis clos. Les débats ont lieu en allemand et selon un ordre bien réglé : prestation de serment des juges, interrogatoire d’identité de l’accusé, lecture de l’acte d’accusation, interrogatoire de l’accusé, des témoins, réquisitoire, plaidoirie de la défense, résumé du réquisitoire et de la plaidoirie par un interprète, dernier mot donné au prévenu, délibération du tribunal, lecture de la sentence et de ses motivations.

Il n’y a pas d’appel possible, le condamné à mort ne peut espérer qu’une révision positive du jugement ou une grâce des autorités centrales de Paris ou de Berlin.

Le sort des otages

À défaut de pouvoir arrêter tous les auteurs des attentats , les autorités allemandes désignent des otages : avec cette notion de responsabilité collective, il s’agit de faire pression sur la population et sur les « terroristes ».

Jusqu’à l’été 1942, les otages sont choisis sur le lieu de leur internement : dans les prisons allemandes ou françaises s’ils attendent un jugement ou s’ils purgent déjà une peine ; à Compiègne et à Drancy pour les détenus politiques et les otages juifs. La plupart des prisonniers désignés comme otages ignorent leur nouveau statut et ne savent pas qu’ils risquent d’être fusillés en représailles aux actions de la Résistance.

À partir du 30 août 1942, les SS font du camp de Romainville la « réserve d’otages » de la région parisienne. Isolés des autres détenus et connaissant leur sort, ils attendent le jour où, inscrits sur une liste de « victimes expiatoires », ils seront transférés au Mont-Valérien pour y être fusillés.

Les lieux d’exécution de la région parisienne

Dans chaque département, les autorités allemandes réquisitionnent des lieux pour procéder aux fusillades des condamnés à mort et des otages. Ils choisissent d’anciens sites de l’armée française : stands de tirs, forts ou casernes qui permettent un déroulement sécurisé et sans trouble des exécutions.

À Paris, la première fusillade, celle de Jacques Bonsergent, a lieu dans l’enceinte du fort de Vincennes au mois de décembre 1940. D’autres sites sont utilisés ponctuellement, tels que Châtenay-Malabry.

Le stand de tir du ministère de l’Air, place Balard dans le 15e arrondissement de Paris, est réquisitionné par l’occupant à partir de l’été 1942. Plus de 150 personnes y sont exécutées.

À partir du mois d’août 1941, les autorités allemandes préfèrent utiliser la clairière de la forteresse du Mont-Valérien. Jusqu’en juin 1944, plus de 1 000 hommes y sont fusillés. Le Mont-Valérien est le principal site d’exécution de la région parisienne et de toute la zone occupée.

Les fusillades

Les fusillades suivent un schéma pré-établi. Les condamnés ne sont avertis qu’au dernier moment. Quelques heures ou quelques minutes avant l’exécution, ils ont généralement l’autorisation d’écrire une dernière lettre. La visite de l’aumônier allemand leur offre une ultime possibilité de se confier, et pour ceux qui le souhaitent, de communier. L’abbé Franz Stock a pu ainsi fournir du réconfort à de nombreux fusillés et témoigner auprès de leurs familles de leurs derniers instants, de leurs ultimes pensées. Ils sont ensuite conduits sur le lieu de leur exécution dans des camions militaires bâchés.

Au champ de tir, un officier leur notifie en allemand la décision du tribunal qui les a condamnés ou l’ordonnance qui les a désignés pour être exécutés comme otages. Par petits groupes de 3 ou de 5, ils sont attachés mains derrière le dos aux poteaux, les yeux bandés s’ils le désirent. Le peloton procède à la mise à mort, parfois devant les camarades qui vont leur succéder. L’officier allemand donne le coup de grâce, puis un médecin militaire constate le décès.

La sépulture

Mis en bière, les corps sont transportés vers différents cimetières de la région parisienne : Suresnes, Puteaux, Bois-Colombes, Ivry-sur-Seine, Thiais… où ils sont inhumés dans des fosses communes ou des tombes individuelles, ou encore au Père-Lachaise à Paris où ils sont incinérés. La dispersion et l’anonymat des corps imposés par les forces d’occupation a pour but d’éviter que ces sépultures ne deviennent des lieux de rassemblement et des symboles des martyrs de la Résistance.

 

Télécharger les pdf de la Partie V: Partie Va, Partie Vb, Partie Vc, Partie Vd

PARTIE VI : Le Mont-Valérien au cœur de la mémoire des fusillés

 

Le sort des femmes 

Toutes les personnes fusillées en France occupée sont des hommes. À l’exception des exécutions sommaires des dernières heures de l’occupation, aucune femme n’a été fusillée en tant qu’otage ou comme condamnée à mort.

De nombreuses femmes arrêtées dans le cadre de la répression contre la Résistance ont tout de même été traduites devant les tribunaux militaires allemands. Les juges prononcent régulièrement des peines capitales à leur encontre. Ces condamnations à mort peuvent être commuées en longues peines de réclusion et les femmes sont alors déportées vers des prisons du Reich pour les purger. Lorsque les condamnations sont maintenues, les femmes sont déportées dans des prisons en Allemagne où elles attendent que leur dossier de grâce soit instruit. Dans le cas d’un refus, elles sont décapitées : c’est par exemple, le cas de Simone Schloss en 1942, d’Emilienne Mopty et de France Bloch-Serazin en 1943 et d’Olga Bancic en 1944. 

Les premiers hommages familiaux

De nombreux fusillés du Mont-Valérien furent inhumés dans les sections 39, 40 et 41 du cimetière d’Ivry. Dès la fin de la guerre, les familles s’y pressent afin de fleurir les tombes et se recueillir dans le souvenir des leurs. Certaines familles choisissent de demander les corps de leurs proches pour les enterrer dans les caveaux familiaux. D’autres préfèrent les laisser avec leurs compagnons d’infortune au sein du « carré des fusillés ». Le 4 octobre 2003 une stèle y est inaugurée à leur mémoire.

Les débuts de la mémoire

Alors que les proches se regroupent en associations de familles de fusillés et de victimes du nazisme, l’histoire des fusillés trouve un écho au sein de la population française et auprès des pouvoirs publics : dans les communes d’origine des fusillés, de nombreuses rues et places prennent leur nom ; des timbres paraissent à l’effigie des martyrs ; à Paris plusieurs stations de métro reçoivent le noms de fusillés.

Le Mont-Valérien

Dès le 11 novembre 1944, alors même que la guerre n’est pas finie, mais que Paris a été libéré, les familles de fusillés font célébrer des messes dans différentes paroisses parisiennes et organisent les premiers rassemblements dans la clairière. La butte des fusillés reçoit fleurs et ex-voto familiaux. Les premiers samedis de chaque mois, une prise d’armes est organisée au fort. Au cours de la cérémonie qui suit dans la clairière, on lit la liste des fusillés et leurs familles sont invitées à venir se recueillir.

Le 18 juin 1945, le général de Gaulle, précédé de 200 Compagnons de la Libération, y conduit une cérémonie solennelle en l’honneur des fusillés. Il choisit le Mont-Valérien pour l’implantation du futur Mémorial de la France Combattante, monument dédié à tous les combattants de la Résistance, inauguré le 18 juin 1960. Les associations d’anciens combattants, de fusillés et massacrés organisent de grandes cérémonies dans la clairière, attirant un public nombreux. Le 10 mars 1962, le ministre des Anciens Combattants, Raymond Triboulet, inaugure le Parcours du souvenir, qui retrace le chemin parcouru par les fusillés de la chapelle jusqu’à la clairière. En 2009 sont ouverts le centre d’information du Mont-Valérien ainsi que l’exposition consacrée à la Résistance et à la répression de 1940 à 1944.

Les recherches sur le nombre de fusillés

Au lendemain de la guerre, différents chiffres circulent quant au nombre de fusillés du Mont-Valérien et de la région parisienne. Un rapport établi en 1945 évoque un millier de fusillés, les carnets de l’abbé Franz Stock les chiffrent à plusieurs milliers. La dalle posée au centre de la clairière le 2 novembre 1959, qui fait état de 4500 fusillés, est le reflet de son époque.

Dans les années 1970, Serge Klarsfeld mène des recherches sur la politique des otages, qu’il rassemble en 1979 dans Le livre des otages. Ce travail, où figurent de nombreuses victimes du Mont-Valérien, est poursuivi en 1995 avec la publication de l’ouvrage Les 1007 fusillés du Mont-Valérien parmi lesquels 174 Juifs. Parallèlement, le ministère des anciens combattants dirige des recherches complémentaires à partir des archives dont il dispose.

En 1997, le sénateur Robert Badinter dépose une proposition de loi en vue de rendre hommage aux fusillés du Mont-Valérien. Une commission est créée l’année suivante, composée des associations de mémoire. Elle confie le travail de recherche historique pour l’élaboration de la liste définitive à Florence Sekhraoui, Arsène Tchakarian et Léon Tsévery. Le 20 septembre 2003, le monument à la mémoire des fusillés, portant mention des 1006 noms de fusillés identifiés, résistants et otages, est inauguré face à la chapelle. En forme de moule de cloche, il est l’œuvre du sculpteur Pascal Convert. Depuis, plusieurs noms ont été rajoutés, à mesure que les recherches historiques se poursuivent. Un espace vierge a été volontairement laissé à la base de la cloche pour y graver le nom de ceux encore anonymes aujourd’hui.

 

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