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    Histoire de la dalle


    Histoire de la dalle de la clairière du Mont-Valérien et de l’inscription des « 4500 » fusillés

     

    En 1955, en l’absence de toute inscription sur le site indiquant le nombre de personnes exécutées dans la forteresse, l’association des anciens combattants propose d’installer une plaque sur une casemate, à proximité de la clairière. Son président, Pierre Chantaine s’entoure alors de Félix Brunau, architecte des bâtiments de France et futur créateur du mémorial de la France combattante, qui lui suggère plutôt de poser une véritable dalle. Elle serait identique par sa dimension et son matériau, le grès, à celle installée à la Clairière de Rethondes et célébrant la victoire dans la guerre de 14-18. Installée horizontalement au centre de la clairière des fusillés, elle est inaugurée par Raymond Triboulet, ministre des anciens combattants, le 2 novembre 1959, lors de la cérémonie de la pose de la première pierre du Mémorial de la France combattante. Dessus est gravée cette phrase :

     « Ici de 1940 à 1944 tombèrent plus de 4 500 résistants fusillés par l’ennemi pour leur indomptable foi dans les destins de leur pays »

     

    Ce chiffre de 4500 n’est pour l’instant attesté que dans un seul document d’archive : un film d’actualités de mai 1945, sur le pèlerinage des familles de fusillés au Mont-Valérien évoque « 4500 Français fusillés là par les Allemands, 3 chaque jour pendant 4 années ». Dans un courrier non daté au ministre des anciens combattants, Pierre Chantaine explique qu’il est à l’initiative de la création de la dalle et qu’il aurait tiré le nombre de 4500 fusillés d’une « note d’origine inconnue », mais établie après la libération. Celle-ci précise qu’un sous-officier allemand aurait affirmé que 4800 personnes avaient été fusillées au fort du Mont-Valérien.

    Cependant, ce chiffre de 4500 n’apparaît pas dans ces autres documents d’archives ou recherches historiques :

    • deux études successives de l’adjudant Robert Dor réalisées en 1944 et 1945 parlent de 939 et 983 noms.
    • l’abbé Franz Stock, aumônier de l’armée allemande et des prisons de Fresnes et du Cherche-Midi, aurait affirmé que le nombre des fusillés aurait été « un nombre de quatre chiffres et pas le plus petit ». Il aurait confié à un de ses amis, Heinrich Höfler, avoir assisté à 1500 exécutions. Dans son journal, Franz Stock distingue 634 noms de fusillés au Mont-Valérien mais aussi sur d’autres lieux de fusillades de l’armée allemande (stand de tir de Balard, prisons de Fresnes et de La Santé). Dans un autre carnet tenu par l’abbé Stock et conservé au bureau des archives des victimes des conflits contemporains (service historique de la défense), ce sont 582 noms qui sont inscrits pour des exécutions ayant eu lieu au Mont-Valérien, mais aussi à Balard.
    • A la fin des années 70, grâce aux travaux de Serge Klarsfeld, il est apparu que le nombre de fusillés au Mont-Valérien approchait le millier.

    Ce chiffre de 4500 inscrit sur la dalle a été remis en question lors des travaux de la commission du Mont-Valérien, constituée en 1998 par le secrétaire d’Etat aux anciens combattants. Après les études de ce groupe de travail et avec l’aide de Serge Klarsfeld, il devint clair que ce nombre de fusillés du Mont-Valérien ne reflétait pas la réalité mais que le « vrai » nombre tournait autour du millier. A ce jour, compte tenu des archives ouvertes et des études de la DMPA et d’historiens spécialistes de la répression, la liste officielle des fusillés du Mont-Valérien comprend 1008 noms. Ces 1008 noms sont ceux des résistants condamnés à mort par un tribunal militaire allemand ou des otages désignés par les autorités allemandes, le commandement militaire allemand (MBF, les militaires) et le chef de la police et de la sécurité (HSSP, les SS), et fusillés dans la clairière.

    Au moment de l’inauguration de la cloche, il avait été décidé de ne pas modifier la dalle, qui était en quelque sorte le reflet de son époque, mais de rajouter des panneaux pour l’expliquer aux visiteurs. L’inscription a fait l’objet d’un compromis entre les membres de la commission qui a abouti au texte suivant :

    « Pour honorer la mémoire des fusillés du Mont-Valérien, le gouvernement, reprenant une proposition de loi de Robert Badinter, sénateur, votée par le Sénat le 22 octobre 1997, a décidé d’édifier un monument commémoratif portant le nom des résistants et otages qui donnèrent en ce lieu leur vie pour la France et la liberté entre 1941 et 1944. Après la guerre, le nombre des fusillés avait été estimé à 4500. Les recherches menées dans les archives, en France et en Allemagne, ont permis de retrouver un peu plus de 1000 noms. Ce monument, installé en face de la chapelle des fusillés, a été inauguré le 20 septembre 2003 par Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, en présence de Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants, de familles de fusillés et de nombreuses personnalités civiles et militaires ».

    En juin 2005 deux lutrins explicatifs portant ce texte ont été installés dans la clairière du Mont-Valérien et en haut du belvédère du parcours du souvenir. Il est vrai que ce texte est source d’ambiguïté et laisse à penser que les noms des 3500 fusillés manquant pourraient être identifiés un jour. C’est la raison pour laquelle en 2009, à l’occasion des travaux de mise en valeur du site, deux nouveaux panneaux de signalétique ont été rajoutés, le premier à proximité immédiate de la cloche et le deuxième sur le belvédère du parcours du souvenir, clarifiant le nombre de fusillés puisqu’il est inscrit que « l’état actuel des recherches historiques a permis d’identifier plus de 1000 fusillés ».