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Histoire de la dalle


Histoire de la dalle de la clairière du Mont-Valérien et de l’inscription des « 4500 » fusillés

 


A la fin des années 70, grâce aux travaux de Serge Klarsfeld, il est apparu que le nombre de fusillés au Mont-Valérien approchait le millier. Or, depuis 1959, dans la clairière même où les martyrs avaient été fusillés, une dalle indique le chiffre de 4500 fusillés.

Il semble qu’aucun historien, ni que le secrétariat d’Etat aux anciens combattants, responsable du site, ne soit à l’origine de ce nombre qui, pourtant, est également avancé dans le commentaire d’un film d’actualités de mai 1945, sur le pèlerinage des familles de fusillés au Mont-Valérien : « 4500 Français fusillés là par les Allemands, 3 chaque jour pendant 4 années » annonce le journaliste.

Toutefois, dès les années 1944 et 1945, deux études successives de l’adjudant Robert Dor, pour le compte du Gouverneur militaire de Paris, et un récapitulatif de la 7e section du parquet de Paris, qui était destinataire des certificats de décès établis par les autorités allemandes, comptabilisaient « un millier », 939 et 983 noms. Dans les archives municipales de Suresnes, on retrouve une copie de la liste de 939 noms établie par Dor le 21 février 1945. Le 26 mars 1946, 7 noms y sont ajoutés pour arriver à un total de 946 personnes fusillées au Mont-Valérien.

D’après les archives du ministère des anciens combattants, il apparaît que Pierre Chantaine, président de l’association des écrivains combattants, est à l’origine de l’inscription du nombre de 4500 fusillés au Mont-Valérien sur la dalle déposée au centre de la clairière.

En effet, en 1955, l’associa­tion des écrivains combattants et son président, s’étonnant de l’absence de toute inscription sur le site, propose d’installer une plaque sur une casemate, à proximité de la clairière, qui indiquerait le nombre de personnes exécutées dans la forteresse.

Dans un courrier non daté au ministre des anciens combattants, Pierre Chantaine explique qu’il est à l’initiative de la création de la dalle et qu’il aurait tiré le nombre de 4500 fusillés d’une « note d’origine inconnue », mais établie après la libération, qui précise qu’un sous-officier allemand aurait affirmé que 4800 personnes avaient été fusillées au fort du Mont-Valérien. On remarque alors que Chantaine a pris sur lui de réduire ce nombre de 300.

Pierre Chantaine prend donc l’attache de Félix Brunau, architecte des bâtiments de France et futur créateur du mémorial de la France combattante, pour « faire poser à même le sol, sur le terrain où ces martyrs avaient été abattus à la mitraillette, une dalle de même dimensions que celle qu’on voit à Rothondes (sic), mais en grès rouge ». Brunau et Chantaine se mettent d’accord sur le texte que devait porter cette dalle : « après de longues discussions, Brunau adopta le mien » écrit Chantaine. Le président de l’association des écrivains combattants est donc l’auteur du texte inscrit sur la dalle et donc du chiffre de 4500 fusillés au Mont-Valérien.

L’architecte en chef des bâtiments de France propose, au lieu de la plaque prévue sur un mur d’une casemate, une véritable dalle, identique par sa dimension et son matériau, le grès, à celle installée à la Clairière de Rethondes et célébrant la victoire dans la guerre de 14-18. Cette dalle est installée horizontalement au centre de la clai­rière des fusillés, et inaugurée par Raymond Triboulet, ministre des anciens combattants, le 2 novembre 1959, lors de la cérémonie de la pose de la première pierre du Mémorial de la France combattante. Elle porte un texte dont la symétrie avec le texte figurant à Rethondes est visible :

« Ici de 1940 à 1944 tombèrent plus de 4 500 résistants fusillés par l’ennemi pour leur indomptable foi dans les destins de leur pays »


Quelques années plus tard, en 1963, dans un courrier, le directeur adjoint des statuts de combattants et de victimes de guerre écrit qu’une « note d’origine inconnue, établie après la libération, mentionne que d’après un sergent allemand, 4800 personnes auraient été fusillés au fort du Mont-Valérien » et que Monsieur Chantraine, ayant eu connaissance de ce chiffre, l’aurait repris à son compte, en le réduisant de 300. Le directeur adjoint des statuts indique également que ses services (ceux de l’administration des anciens combattants) disposent de la liste de l’adjudant Dor, établie dès 1945, qui comporte 939 noms, preuve que, déjà à l’époque, le nombre de 4500 n’était pas repris par l’administration du ministère des anciens combattants.

Notons également que l’abbé Franz Stock, aumônier de l’armée allemande et des prisons de Fresnes et du Cherche-Midi, aurait affirmé que le nombre des fusillés aurait été « un nombre de quatre chiffres et pas le plus petit ». Cette anecdote est relatée dans deux biographies sur l’abbé Stock, sans donner d’indication quant à ses sources. On remarquera encore que, selon Heinrich Höfler, un ami de Stock qui fut directeur de l’association Caritas à Fribourg, l’abbé Stock lui aurait indiqué avoir assisté à 1500 exécutions.

Dans les sources dont nous disposons et notamment dans son journal, Franz Stock distingue 634 noms de fusillés au Mont-Valérien mais aussi sur d’autres lieux de fusillades de l’armée allemande et notamment au stand de tir de Balard, dans le 15e arrondissement de Paris ou dans les prisons de Fresnes et de La Santé. Dans un carnet tenu par l’abbé Stock et conservé au bureau des archives des victimes des conflits contemporains (service historique de la défense), ce sont 582 noms qui sont inscrits pour des exécutions ayant eu lieu au Mont-Valérien, mais aussi à Balard. Ainsi, ni le journal, ni le carnet de l’abbé Stock, aujourd’hui conservés respectivement à l’archevêché de Paderborn et dans les archives du ministère de la défense à Caen, ne permettent d’établir un nombre précis de fusillés.

Lors des travaux de la commission du Mont-Valérien, constituée en 1998 par le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, ayant mené à la constitution de la liste des fusillés et à sa matérialisation avec le monument en forme de cloche, il avait été question du texte sur la dalle au centre de la clairière faisant mention de « 4500 fusillés ».

Après les études du groupe de travail de la commission du Mont-Valérien et avec l’aide de Serge Klarsfeld, il devint clair que ce nombre de fusillés du Mont-Valérien ne reflétait pas la réalité mais que le « vrai » nombre tournait autour du millier. A ce jour, compte tenu des archives ouvertes et des études de la DMPA et d’historiens spécialistes de la répression, la liste officielle des fusillés du Mont-Valérien comprend 1010 noms. Ces 1010 noms sont ceux des résistants condamnés à mort par un tribunal militaire allemand ou des otages désignés par les autorités allemandes, le commandement militaire allemand (MBF, les militaires) et le chef de la police et de la sécurité (HSSP, les SS), et fusillés dans la clairière.

Au moment de l’inauguration de la cloche, il avait été décidé de ne pas modifier la dalle, qui était en quelque sorte le reflet de son époque, mais de rajouter des panneaux pour l’expliquer aux visiteurs. L’inscription a fait l’objet d’un compromis entre les membres de la commission qui a abouti au texte suivant :

« Pour honorer la mémoire des fusillés du Mont-Valérien, le gouvernement, reprenant une proposition de loi de Robert Badinter, sénateur, votée par le Sénat le 22 octobre 1997, a décidé d’édifier un monument commémoratif portant le nom des résistants et otages qui donnèrent en ce lieu leur vie pour la France et la liberté entre 1941 et 1944.

Après la guerre, le nombre des fusillés avait été estimé à 4500. Les recherches menées dans les archives, en France et en Allemagne, ont permis de retrouver un peu plus de 1000 noms.

Ce monument, installé en face de la chapelle des fusillés, a été inauguré le 20 septembre 2003 par Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, en présence de Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants, de familles de fusillés et de nombreuses personnalités civiles et militaires ».

En juin 2005 deux lutrins explicatifs portant ce texte ont été installés dans la clairière du Mont-Valérien et en haut du belvédère du parcours du souvenir. Il est vrai que ce texte est source d’ambiguïté et laisse à penser que les noms des 3500 fusillés manquant pourraient être identifiés un jour. C’est la raison pour laquelle en 2009, à l’occasion des travaux de mise en valeur du site, deux nouveaux panneaux de signalétique ont été rajoutés, le premier à proximité immédiate de la cloche et le deuxième sur le belvédère du parcours du souvenir, clarifiant le nombre de fusillés puisqu’il est inscrit que « l’état actuel des recherches historiques a permis d’identifier plus de 1000 fusillés ».