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Vocation militaire


Le « mont forteresse », un verrou de Paris

 

Tirant les leçons de la campagne de France de 1814 au cours de laquelle Paris était facilement tombé aux mains des coalisés faute d’une véritable ceinture fortifiée, Louis-Philippe décide de compléter les défenses existantes de la capitale par une ligne de forts détachés.

De par sa position géographique idéale à l’ouest de la capitale et sa hauteur (161 m), le mont Valérien est tout naturellement retenu pour accueillir une de ces forteresses. L’idée est reprise après la chute de la restauration et de 1841 à 1846, une puissante citadelle est ainsi édifiée sur le plateau, tandis qu’au pied de la colline et l’entourant, bastions et courtines forment une deuxième enceinte épaulée par des glacis.

Construit selon un pentagone irrégulier, cet ensemble de 23 hectares peut abriter jusqu’à 2 000 hommes, une puissante artillerie et des centaines de tonnes de munitions. Le fort de Suresnes, sur la colline du mont Valérien, polygone à cinq côtés, construit de 1840 à 1846, participe à la fortification de Paris décidée par Thiers. Il est le plus important des 13 forts détachés prévus autour de la capitale. Propriété de Nanterre, il est rattaché à Suresnes en 1850.

En cas de guerre, sa mission est claire : elle doit éloigner la ligne d’investissement de l’enceinte de la capitale tout en commandant la presqu’île de Gennevilliers et en battant sous son feu la route de Cherbourg, les pentes de Sèvres et de Saint-Cloud ainsi que les hauteurs de Montretout. Véritable carrefour, le fort du mont Valérien dispose d’une tour Chappe, dans laquelle se trouve la ligne de télégraphie Paris-Brest-Cherbourg. Un autre moyen de transmission est égale­ment utilisé au mont par les militaires : lors du siège de Paris (1870-71), plus d’un million de messages seront portés par des pigeons. Après la guerre, la création du corps des « sapeurs colombophiles » concrétise l’intérêt de l’état-major militaire pour ce type de transmissions.

La guerre de 1870-1871 donne l’occasion à ce verrou de Paris de s’illustrer. Le fort reçoit dès le début des hostilités, en juillet 1870, un supplément d’artillerie qui est encore augmenté lorsqu’il apparaît certain - après les revers français dans l’Est - que les troupes prussiennes seront bientôt aux portes de la capitale. De fait, à partir du 22 septembre, la puissante artillerie du mont Valérien entre en action et pilonne sans relâche les positions et les concentra­tions ennemies. Elle appuie également les sorties de la garnison parisienne, comme celle du 19 janvier 1871 qui voit des bataillons de la Garde nationale s’emparer momentanément de Buzenval. L’échec final de cette ultime sortie sonne toutefois le glas de la résistance et Paris capitule quelques jours plus tard. Cette bataille use aussi très sérieusement l’artillerie du fort qui y perd sa plus grosse pièce : un canon de marine de 240 mm, surnommé «La Valérie», pesant 14 tonnes et qui, de novembre 1870 à janvier 1871, avait expédié 35 projectiles de 140 kilos chacun sur les lignes prussiennes. Emporté par les vainqueurs comme trophée de guerre, le canon fut restitué à la France en 1921. Il reprit néanmoins le chemin de l’Allemagne en 1940 pour ne revenir dans la cour d’honneur des Invalides qu’en 1946 puis, définitivement, au mont Valérien.

La forteresse du mont Valérien n’en a pas pour autant terminé avec la guerre, fratricide cette fois-ci. En effet, dans la lutte que se livrent la Commune et le gouvernement de Thiers installé à Versailles, le fort, libéré par les Prussiens, soutient la cause des « Versaillais » et est le seul à ne pas tomber aux mains des fédérés. Son artillerie reprend de nouveau du service tirant plus de 15 500 obus en direction des assiégés. C’est d’ailleurs depuis le mont Valérien que le maréchal de Mac-Mahon et les généraux de Ladmirault et de Galliffet assis­tent à l’entrée de leurs troupes victorieuses dans la capitale meurtrie.

Après 1870-1871, le fort du mont Valérien ne connut plus la guerre. En fait, le mont Valérien ne sortit plus guère d’une routine oublieuse qu’en de très rares occasions. L’affaire Dreyfus le rappela ainsi un temps au souvenir des Français, puisque ce fut dans ses murs que le lieutenant-colonel Henry, auteur du « faux patriotique » qui avait fait condamner le capitaine innocent, fut emprisonné. Quelques jours après son incarcération, le 30 août 1898, il se suicida dans sa cellule, convaincu d’avoir écrit le faux qui a fait éclater l’innocence de Dreyfus.

Les développements des techniques de combat moderne lui retirent sa fonction défensive. Il n’en demeura pas moins une enceinte militaire consacrée au casernement et dans laquelle est créée en 1894 une école de télégraphie. En 1913, le 8e régiment du génie s’y installe et devient en 1947 le 8e  régiment des transmissions. L’histoire du mont Valérien se confond aussi avec celle des transmissions militaires. De nos jours, le fort abrite un musée des Transmis­sions et un musée colombophile.

En 1917, le gouvernement des États-Unis d’Amérique obtient une parcelle de terrain sur le flanc sud-est du mont. Des dépouilles de soldats américains morts pendant les deux guerres mondiales y reposent encore de nos jours. Le cimetière est inauguré le 30 mai 1919 par le président Wilson en présence du général Pershing, qui commandait les troupes américaines en Europe, et du maréchal Foch.

Dès les premiers jours de la mobilisation en septembre 1939, le 8e régiment du génie quitte le Mont-Valérien pour rejoindre le front. Il ne reste dans le fort qu’un dépôt de munitions avec un personnel réduit. Le 3 juin 1940 les premières bombes allemandes frappent la forteresse. La Wehrmacht entre à Suresnes le 24 juin et se fait ouvrir les portes du fort. En août, des unités d’infanterie, de défense anti-aérienne et d’artillerie y séjournent brièvement. À partir de 1941, les services de l’intendance allemande y tiennent garnison.

Le périmètre du fort devient une zone interdite. À l’intérieur des fortifications, la clairière sert de lieu discret pour l’exécution des résistants et otages transportés depuis les prisons et camps de la région parisienne. À ce jour, les recherches historiques ont permis d’identifier plus de 1000 fusillés, faisant du Mont-Valérien le principal lieu d’exécution de toute la zone occupée.

Le 20 août 1944, les Allemands présents à Suresnes, rejoints par des miliciens français, se réfugient dans la forteresse. Après les combats pour la libération de Neuilly, la compagnie de Suresnes, composée en majeure partie des jeunes résistants de Suresnes, Nanterre, Puteaux, Courbevoie et de Boulogne, encercle le fort mais l’officier qui commande les troupes allemandes refuse de se rendre à des hommes sans uniforme. Le colonel Rémy du 1er régiment de marche de spahis marocains, de la 2e DB stationné à Longchamp, est appelé pour parlementer. Les Allemands acceptent enfin de se rendre. Le 26 août 1944, à 10h30, le drapeau français flotte sur le Mont-Valérien.

Berceau des transmissions, le fort abrite actuellement le 8e régiment de transmissions et le musée de la colombophilie militaire et le musée des transmissions.