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La volonté du général de Gaulle, 1946-1960


La volonté du général de Gaulle pour ériger le Mémorial de la France combattante au Mont-Valérien

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le site du Mont-Valérien [1] a été le principal lieu d’exécution des autorités allemandes en France. Dès 1944, grâce à la volonté politique du général de Gaulle et au travail inlassable des associations des familles des fusillés, il est devenu un lieu de mémoire. Le Mémorial de la France combattante y a été érigé en 1960.

« Faire quelque chose au Mont-Valérien »

Lorsqu’à la libération de Paris, en 1944, le général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française, propose d’ériger un mémorial de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, le rôle du Mont-Valérien comme lieu de fusillades utilisé par les Allemands est donc présent dans les esprits.

Et, quand le 1er novembre 1944, le général de Gaulle rend « l’hommage de la Toussaint aux morts de la Résistance », il va d’abord se recueillir dans la clairière du Mont-Valérien, avant de se rendre au fort de Vincennes[2], puis au cimetière d’Ivry-sur-Seine, principal lieu d’inhumation des fusillés de l’Île-de-France. Parallèlement, dès cette époque, les associations des familles des fusillés, souhaitant à la fois préserver le site, qui est encore une emprise militaire, et honorer la mémoire des résistants et des otages, organisent les premières cérémonies d’hommage.

Le 18 juin 1945, lors des célébrations du cinquième anniversaire de l’Appel de Londres, le général de Gaulle préside le défilé militaire sur les Champs-Élysées, puis, de nouveau, se rend au Mont-Valérien. Précédé de deux cents Compagnons de la Libération, le Général pénètre dans le fort avec les porteurs de la flamme recueillie à l’Arc de Triomphe. Il se recueille dans l’ancienne casemate, à proximité du poste de garde, où les condamnés attendaient la mort, puis allume la flamme, symbole de la Résistance, dans une vasque de bronze. Par ce geste, le général de Gaulle consacre le Mont-Valérien comme le lieu de la mémoire de la France au combat pendant la Seconde Guerre mondiale.

En septembre, de Gaulle demande à Henri Frenay, ministre des prisonniers, déportés et réfugiés, d’organiser à l’occasion du 11 novembre, une grande cérémonie en hommage aux Morts pour la France pendant la guerre 1939-1945.

Frenay décide de s’inspirer du symbole du Soldat inconnu de la Grande Guerre, en l’adaptant aux spécificités du deuxième conflit mondial. Le Soldat de 1914-1918 est seul : Frenay imagine que pour 1939-1945 les différentes catégories de combattants devront être représentées par la dépouille de l’un des leurs[3]. Le Soldat de 1914-1918 est inconnu ; les noms des Morts pour la France de 1939-1945 seront rendus public après avoir été tirés au sort[4].

Le 29 octobre, à l’Hôtel national des Invalides, Henri Frenay, les ministres et les chefs d’état-major des trois armées, les représentants du Conseil national de la Résistance, des anciens combattants, des déportés, des prisonniers de guerre procèdent au tirage au sort des « héros dont les dépouilles seront honorées par la nation : combattants de 1940, FFL, résistants, déportés, prisonniers, hommes de la France d’Outre-Mer... »[5].

Frenay imagine ensuite que les cercueils seront transportés dans une sépulture provisoire : « la sépulture définitive..., je la vois sous la forme d’un phare, semblable à ceux de l’Océan, érigé au point culminant du mont Valérien, là où tant de résistants ont été fusillés »[6].

Dans ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle écrit : « Le 11 novembre, je présidai la cérémonie de l’Etoile. Quinze cercueils, amenés de tous les champs de bataille, étaient rangés autour de l’Inconnu, comme si ces combattants venaient lui rendre compte de leur propre sacrifice avant d’être transférés dans une casemate du mont Valérien. Au pied de l’Arc, prononçant quelques mots, j’en appelai à l’unité et à la fraternité « pour guérir la France blessée. Marchons, disais-je, sur la même route, du même pas, chantant la même chanson ! Levons vers l’avenir les regards d’un grand peuple rassemblé » ! Sur le pourtour de la place, la foule était aussi chaleureuse que jamais »[7].

Les dépouilles des quinze combattants sont ensuite déposées dans une casemate du fort du Mont-Valérien transformée en caveau provisoire[8]. Sur la paroi est gravée la liste des noms, ainsi que l’inscription : « Nous sommes ici pour témoigner devant l’histoire que de 1939 à 1945 ses fils ont lutté pour quela France vive libre ».

Le 6 novembre 1945, un décret de souscription nationale pour « l’édification d’un monument aux Français et Françaises de la métropole et des territoires d’outre-mer « morts pour la France » au cours de la guerre 1939-1945 »

Le 20 janvier 1946, le jour même où de Gaulle quitte le pouvoir, un décret est publié au Journal officiel désignant les membres du « comité national pour l’édification d’un monument national au morts de la guerre 1939-1945 ».

Dès le 18 juin suivant, décidé à faire de cette date et du site du Mont-Valérien un véritable rendez-vous de la mémoire nationale, de Gaulle préside une cérémonie devant la crypte provisoire où reposent les quinze Morts pour la France. Aumilieu d’une foule considérable, accompagné par l’amiral Thierry d’Argenlieu, grand chancelier de l’Ordre de la Libération, il se recueille dans le caveau provisoire, puis il rallume la flamme. Il confie alors qu’il souhaite que chaque année cette cérémonie au Mont-Valérien se renouvelle pour que « la tombe de l’Inconnu et la terre des fusillés soient unies dans une même cérémonie symbolique »[9].

Dorénavant, chaque 18 juin, accompagné du chancelier de l’Ordre de la Libération, des Compagnons de la Libération et par une foule nombreuse, le général de Gaulle rallume la flamme devant la crypte provisoire du Mont-Valérien. Dans le même temps, les associations des familles des fusillés, fidèles à la mémoire de leurs proches, organisent des cérémonies, des prises d’armes dans la clairière, au cours desquelles les noms des fusillés sont rappelés.

Pour leur part, les gouvernements de la 4ème République, il est vrai éclipsés par de Gaulle, s’intéressent peu au site de Suresnes. Certes, les présidents Vincent Auriol puis René Coty, après leur élection à la présidence de la République, les 16 janvier 1947 et 1954, rendent un « hommage aux morts de la Résistance » en déposant une gerbe dans la clairière, mais, si le site n’est pas abandonné[10], le projet d’un mémorial de la guerre 1939-1945 semble mis en sommeil. En 1948, la souscription levée en 1946 est close : 19 millions de francs versés sur compte de l’ONAC. Le 7 mai 1954, on note une nouvelle volonté, à l’initiative du président de la République René Coty : un arrêté est signé créant un « Comité exécutif de travail pour l’édification du monument du Mont-Valérien ». Mais rien de concret n’en sort.

Le Mémorial de la France combattante

Revenu au pouvoir en juin 1958, le général de Gaulle relance l’idée et démontre qu’il souhaite même en être le maître d’œuvre puisque dès la première réunion organisée au ministère des anciens combattants, en juillet, son représentant, le colonel Ponchardier, précise que « le monument est érigé à la gloire de la France Combattante, il devra comporter une crypte privée appelée à recevoir les 16 dépouilles actuellement déposées dans la crypte du fort, les abords seront aménagés de telle sorte que les cérémonies puissent grouper au moins 5 000 personnes avec parking »[11].

Le 23 novembre, de Gaulle nomme l’Architecte des bâtiments de France, Félix Brunau « directeur des travaux et architecte d’opérations pour la réalisation technique d’un haut-lieu de la France Combattante » sur les glacis sud-est du Mont-Valérien et, un mois plus tard, il donne son accord au projet présenté par l’architecte.

Le 18 juin 1960, le général de Gaulle inaugure le Mémorial de la France Combattante.La veille, les cercueils des seize combattants ont été transférés dans la crypte. Les cénotaphes, présentés en arc de cercle et recouverts du drapeau tricolore, entourent l’urne contenant les cendres de déportés inconnus. Un emplacement de caveau, le n°9, reste vide : il est réservé au dernier Compagnon de la Libération.

Le monument est érigé près de la clairière des fusillés, contre le mur d’enceinte sud-est du fort, sur une esplanade de 10 000 m2, dont la forme symbolise le V du mot Victoire. Le Mémorial est formé d’un mur de grès rose de 150 mètres de long portant seize hauts-reliefs en bronze, œuvres de seize sculpteurs différents, qui rappellent l’héroïsme des combattants et les formes multiples du combat. Au centre, se dresse une croix de Lorraine de 12 m de haut devant laquelle brûle une flamme permanente.

Depuis le 18 juin 1960, l’esplanade de la France combattante est le lieu de nombreuses cérémonies, et notamment de celle qui commémore l’appel du général de Gaulle le 18 juin 1940, organisée sous l’égide de la Chancellerie de l’Ordre de la Libération. Elle regroupe les plus hautes autorités de l’État, les Compagnons de la Libération, leurs familles et celles des Compagnons décédés, ainsi que les représentants des villes et unités militaires titulaires de l’Ordre. Depuis 2006, la cérémonie officielle du 18 juin fait partie des journées nationales annuelles de commémoration.

Le 10 mars 1962, Raymond Triboulet, ministre des anciens combattants, inaugure la seconde composante mémorielle du site, le parcours du souvenir qui permet de parcourir depuis la chapelle le chemin suivi par les condamnés jusqu’à la clairière, lieu des fusillades.

 


[1] Sur le territoire de la commune de Suresnes dans l’actuel département des Hauts-de-Seine.

[2] Autre lieu de fusillade à Paris. Le premier parisien fusillé par les Allemands est exécuté au fort de Vincennes. Du 20 au 22 août 1944, 56 résistants, policiers et agents de la RATP, sont arrêtés et rassemblés à Vincennes ; 36 d’entre eux sont fusillés dans les fossés du fort et à la Cartoucherie.

[3] Le nombre est fixé quinze. Un seizième corps, symbole de la lutte contre les Japonais en Indochine, les rejoint en 1952.

[4] Henri Frenay, La nuit finira, Robert Laffont, 1973, page 548.

[5] Henri Frenay, Idem.

[6] Henri Frenay, Idem.

[7] Charles de Gaulle, Les Mémoires de guerre, L’Unité, Le Salut, Gallimard, 2000, page 858.

[8] Cette ancienne casemate où le général de Gaulle s’est recueillie le 18 juin 1945.

[9] Claude Mauriac, Aimer de Gaulle, Grasset, 1978, page 308.

[10] Le 26 avril 1954, une urne contenant des cendres prélevées dans les camps de concentration est déposée dans la casemate.

[11] Procès-verbal de la conférence tenue le 10 juillet 1958 pour l’aménagement du Mont-Valérien (archives du bureau des archives des victimes des conflits contemporains à Caen, SHD).